Depuis le 18 décembre 2003, et l’annonce gouvernementale de ne pas enterrer le canal Seine-Nord, le scepticisme n’est plus de mise, dans le canton de Marquion. Place à l’anticipation sur l’avenir « afin de ne pas se contenter de regarder passer les péniches et espérer des retombées économiques » ! Depuis dix ans Julien Olivier, le conseiller général-maire de Marquion assiste à toutes les réunions concernant cette voie d’eau très “arlésienne”, sensée « illustrer l’ère nouvelle du mode fluvial français et européen » selon François Bordry, président de Voies navigables de France. Si le conseiller général applaudit à la décision gouvernementale, ce n’est pas forcément des deux mains car le financement « reste une affaire assez vague ».
Pour le moment seules les études d’avant-projet sont financées (soit dix millions d’euros) par l’État, VNF et les régions Nord - Pas-de-Calais, Picardie et Île-de-France. L’avant-projet puis la déclaration d’utilité publique devraient nous amener en décembre 2006, date de lancement des acquisitions foncières, de la passation des marchés et des premiers travaux. Qui va débourser les 2,6 milliards d’euros ? L’État bien sûr, « mais à quelle hauteur », les régions évidemment, l’Europe sans aucun doute (on a parlé de 10 %). « Un emprunt devrait permettre de boucler l’opération, remboursé par les utilisateurs du canal, voie d’eau à péage donc » ajoute J. Olivier. L’immense chantier devrait durer de six à huit ans, avec création espérée de huit mille emplois.
Dans le fuseau
Le nouveau canal de 105 kilomètres reliera l’Oise, à partir de Janville, au canal Dunkerque-Escaut à Oisy-le-Verger ; un fuseau (une bande d’un kilomètre de large à l’intérieur de laquelle seront étudiés les tracés) avait été retenu par le précédent ministre des Transports. Fuseau qui ne touche pas trop aux habitations ni au patrimoine et traverse donc le canton de Marquion « en coupant la route départementale 939 entre Marquion et Bourlon, à proximité de la sortie 8 de l’autoroute A26 » explique J. Olivier. Marquion, Bourlon, Oisy-le-Verger, Sauchy-Lestrée, Inchy-en-Artois seront les communes directement concernées par le canal Seine-Nord (pouvant accueillir des péniches de 4 400 tonnes, dix fois plus grosses que celles empruntant actuellement le canal du Nord). Dans ce secteur encore très rural, les premiers à réagir sont naturellement les agriculteurs. « Ils doivent s’en sortir » estime l’élu local, envisageant déjà un nouveau remembrement (déjà fait lors du passage de l’autoroute) avec répartition proportionnelle de l’emprise du canal sur l’ensemble des propriétés non bâties. Le reste de la population doit aussi s’en sortir en profitant d’un rebond de l’activité économique. Du côté de la communauté de communes de Marquion (17 communes, environ 11 500 habitants), « on pense qu’un port à bord à canal, pas loin de la sortie d’autoroute et d’une départementale hors-gel pourrait idéalement irriguer l’Arrageois, le Cambrésis et permettre aux poids lourds de raccourcir leurs parcours terminaux. Un port qui ne concurrencerait nullement la plate-forme de Dourges ». Des contacts ont été établis avec les chambres de commerce d’Arras et de Cambrai, le port de Lille. Un port et pourquoi pas une zone d’activités ? La création d’un syndicat mixte avec Osartis (communauté de communes voisine), des réflexions dans le cadre du pays d’Artois vont tout à fait dans le sens de ce rebond économique tant espéré.
Bientôt 2012 !
Et le canal du Nord dans tout ça ? « Pas sûr qu’on rebouche » commente Julien Olivier. D’abord, cette voie d’eau datant des années soixante permettra d’apporter les matériaux nécessaires à la réalisation de Seine-Nord puis le tronçon Palluel-Arleux-Marquion resterait… Le canal du Nord pourrait en outre prendre une dimension touristique. Et l’actuel port de Marquion (géré en 2004 par le port de Lille) avec ses deux énormes silos à grains de 60 000 tonnes ? Autant de questions auxquelles il faudra trouver des réponses bien avant une mise en service du canal Seine-Nord. Les élus locaux savent pertinemment que 2012 c’est… après-demain.
Avions et réactions « Nous sommes encerclés » sourit Julien Olivier, en détaillant les difficultés rencontrées par Marquion pour se développer. En effet, la municipalité et les 1 030 habitants doivent tenir compte, notamment pour l’élaboration du Plu (plan local d’urbanisme : outil de prévision et de maîtrise de l’évolution d’une commune), de l’autoroute, du futur canal Seine-Nord, du canal du Nord, d’une zone humide et d’une zone de bruit liée à la proximité de la base aérienne de Cambrai. | Marqué par l’eau Voilà un chef-lieu de canton hydrophile ! Traversé par le canal du Nord, situé dans le fuseau du canal Seine-Nord, Marquion peut se targuer de posséder une école de canoë-kayak : le club nautique de l’Agache, 26e au classement national des clubs (renseignements au 03 21 24 83 45). Plus fort encore, Marquion est la seule cité du département dont le collège (des Marches de l’Artois) possède une piscine ! Un bassin de natation qui vient d’être complètement réhabilité par le conseil général durant l’été 2003. |
Ch. Defrance
L'Écho du Pas-de-Calais n°52
Mars 2004
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