Il écrit ses nouvelles comme il crée ses dessins de presse : avec concision et dérision. Jean-Michel Delambre, dessinateur-journaliste au Canard enchaîné, plasticien, poète, et auteur d’ouvrages pour enfants est aussi nouvelliste. De ceux qu’on n’oublie pas, une fois leur recueil rangé dans la bibliothèque. Après avoir remporté plusieurs concours d’écriture*, il vient de publier treize courtes histoires sous le titre Fenêtres sur nuits, Nouvelles du Nord et d’ailleurs, aux éditions L’Harmattan. Treize petits courants d’air qui donnent le frisson, qui font rire le plus souvent jaune, ou qui laissent bêtement la bouche ouverte.
« L’idée vient facilement, d’un objet, d’un détail… pose l’auteur. Toutes les nouvelles parlent de la vie que j’ai vécue. » Après l’émergence de l’idée, le travail de précision. « J’aime écrire à la main, j’en rajoute, j’en remets, je suis exigeant, je m’en veux quand j’ai oublié une virgule. » Quand l’ouvrage est terminé, l’incertitude se lève. « Je doute toujours de moi, je ne prétends pas détenir la vérité. »
Les nouvelles de Jean-Michel Delambre sont les histoires de Monsieur, Madame tout le monde. Sur leur chemin : « un truc », un de ces petits graviers qui transforme l’existence en drame ou en extase. « Dans la vie, tout peut arriver. » Ses personnages, comme ses œuvres plastiques, portent des cicatrices, de vieilles blessures silencieuses. Le silence est roi dans ses courts-métrages de l’écriture, « plus on se rapproche de la vieillesse, plus on va à l’essentiel ! » Il y a longtemps que Jean-Michel Delambre ne cherche plus à faire joli. Il épure, il rend pur.
Celui qui aime le département, reconnaîtra dans Fenêtres sur nuits les paysages de la côte. Une falaise, une route, une maison et… attention, un balcon. L’auteur est né à Liévin, y a enseigné. Il va souvent à Paris, mais a choisi de poser son nid entre Montreuil-sur-Mer et étaples. Là où, peut-être, les nuits sont plus inspiratrices et plus noires qu’ailleurs, noires comme l’humour de l’auteur, tellement noires qu’il faut ouvrir les fenêtres.
* Voir « Petits plaisirs au Touquet »
Prix Gérard de Nerval, aux éditions Arthémuse. 139 pages. 17 euros.
M.-P. Griffon
L'Écho du Pas-de-Calais n°47
Septembre 2003
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