DEUX HEURES à s’enfoncer dans la montagne sableuse, à gravir – à la Sisyphe – les pentes molles. Deux heures à recevoir les gifles du vent et à s’essuyer le nez sur la manche. Mais aussi deux heures de rires, d’humilité, de douce fatigue et de sérénité. L’école de sculpture sur sable au Festival d’Hardelot est accessible à ceux qui veulent jouer aux artistes, à côté des champions. Pour mieux apprécier la qualité du travail, comprendre les difficultés, pour épater ses amis ou s’amuser… pendant le festival, vous rencontrerez le sculpteur qui met à disposition ses compétences, sa prévenance et son exemple à suivre.
Au bout de vingt minutes, vos premiers grains de sable crisseront sous la dent. Au bout de soixante, les genoux de votre jean auront la couleur de la mer du Nord quand elle est fâchée. Qu’importe, vous avez décidé que vous aussi, vous pourrez sculpter avec talent le sourire méprisant de César face au village gaulois ou le regard dédaigneux de Cléopâtre allongée sur sa pyramide. Il vous faudra beaucoup d’application, d’attention, de concentration… Évitez surtout de jeter un œil sur les sculptures alentours, celles des professionnels, vous risqueriez de perdre vos moyens. Et le sens de l’humour.
Truelle et taloche
Commencez par pelleter de bonnes grosses quantités de matière jusqu’à ce que vous vous rendiez compte que la sculpture sur sable est un travail physique. Très physique. Enlevez votre pull. Quand le tas est bien haut, aspergez-le d’eau. Mettez votre veste imperméable. Pelletez à nouveau car l’amas s’est tassé. Enlevez votre veste imperméable et dites : « la sculpture sur sable, c’est un travail physique ! Très physique » Puis, suivez les instructions du maître sculpteur. Il a dessiné sur papier le projet : un menhir qui s’encastre dans une palissade et qui écrase des boucliers romains. Bon. À vous de construire, de créer, d’élever le menhir. Quand il est assez grand, que vous avez bien essuyé votre nez, bien pesté contre les fissures qui s’insinuent ou le bout du haut qui menace ruine, reculez-vous. À ce moment-là, ignorez les répliques des passants surtout quand ils interrogent : « c’est un œuf ? » Persévérez. À la truelle, à la taloche, au plâtroir. Un coup de vent vif. Remettez votre pull. De toute façon, les gros travaux sont terminés, il faut aborder le détail : imiter la pierre pour le menhir, reproduire les nervures et les nœuds du bois pour la palissade. Quand le maître vous demandera de sculpter un blason sur le bouclier, prenez un air inspiré, un petit triangle de formica pour fignoler et une paille pour souffler sur le surplus de sable. Et par pitié, arrêtez de renifler. À la fin du premier cours, vous n’aurez sans doute pas terminé votre création, vous ne serez peut-être pas non plus très satisfait du résultat, mais vous aurez deviné le temps et le talent qu’il faut pour élever ces sculptures incroyables, gigantesques, élégantes et raffinées. Vous frissonnerez aussi à l’idée de savoir que dans moins d’un mois, il ne restera de cet art éphémère que quelques photos. Vous garderez, vous, en souriant, un souvenir un peu particulier. Et quelques grains de sable carrés dans les souliers.
Les héros gaulois
Dites : « sculptures de sable géantes », on vous répondra : « Hardelot ». La station balnéaire est désormais solidement associée à ces expositions gigantesques très particulières. En 2000 « Les Art de l’eau », en 2001 « Les fables de La Fontaine, en 2002 « Jules Verne », voici pour la saison 2003 « Les voyages d’Astérix ». Des sculpteurs du monde entier (Angleterre, Irlande, Estonie, Canada, Russie, Amérique), sont arrivés mi-mai. Aidés d’un assistant sculpteur, ils ont créé chacun une sculpture de sable de six mètres de haut. « Les lauriers de César » (le lauréat), « Astérix chez les Bretons », « Astérix aux Jeux olympiques », « Astérix et Cléopâtre », « Astérix chez Rahazade » et « La grande traversée » sont ainsi érigés au cœur de la ville. Les œuvres participent à un concours international, événement unique en France. À la clef de cette compétition, deux prix de 5 000 et 2 500 Euros. L’an dernier, 60 000 personnes ont découvert le talent de ces artistes différents. Cette année, des surprises supplémentaires sont réservées aux visiteurs. Notamment une fresque de sable géante, sous chapiteau, réalisée par huit autres sculpteurs. Elle a nécessité 850 tonnes de sable, atteint 10 mètres de haut et représente le village gaulois. Exceptionnel ! Des expositions permanentes sur les « Trésors de sable » seront proposées : sablier géant, souffleur de verre, atelier de micromosaïque de sable, exposition de peintures de sable, de photos de sable. Un reportage de neuf minutes concernant les secrets de la construction des sculptures sera diffusé sur écran géant sous le chapiteau.
Tout Savoir
M.-P. Griffon
L'Écho du Pas-de-Calais n°45
Juin 2003
Bob ATISSO
25/09/2008 13:57:39
Bonjour,