Novembre est mon mois préféré. C’est le mois qui me fait rire, pleurer, frémir. C’est celui aussi qui me frustre le plus. De ne pas tout voir, de ne pas savoir me démultiplier. Ne rien rater du Festival international du film d’Arras… cette année, pour la douzième fois, je vais encore essayer. Tenter de tous les approcher : Jacqueline Bisset, Jean-Paul Rappeneau, Fiona Gordon et Dominique Abel, Philippe Lioret, Marie Gillain, Mélanie Laurent, Mathieu Kassovitz… De voir leur leçon de cinéma, la présentation de leurs films, les rencontres publiques... Découvrir les expositions, le festival off, les films pour enfants. Je vais m’appliquer à ne rien manquer de la rétrospective du burlesque des années 60, et de la France sous l’Occupation. Plus de cent films dont une cinquantaine d’inédits et avant-premières, deux cents projections… Oui, je vais essayer.

Le 12e Festival international du film d’Arras mis en place par Plan-Séquence, démarre le vendredi 4 novembre avec la projection en avant-première de Toutes nos envies, de Philippe Lioret. « Un film sur les crédits bancaires, le surendettement. Un film sur la mort, aussi, mais porteur de vie… » commente Éric Miot, délégué général du festival. Le réalisateur, fidèle à Arras, et l’équipe du film présenteront leur œuvre. « C’est un film de cinéma, avec de vrais personnages, une histoire, quelque chose sur notre société. » Au-delà du beau, informer.
La France sous l’Occupation
La France sous l’Occupation est un des deux grands volets imaginés par Éric Miot et Nadia Paschetto, directrice du Festival. Au travers un large panorama cinématographique, ils essaieront de donner toutes les facettes des comportements des Français. De l’apologie de la Résistance à la France toute collabo, toutes les nuances seront sur les écrans du Cinémovida. Le chagrin et la pitié de Marcel Ophüls, un documentaire de quatre heures en noir et blanc tourné en 1969, est une perle. Il décrit sans complaisance la vie de 1940 à 1945, à Clermont-Ferrand, avec forces témoignages. La chronique a été étouffée à sa sortie. Le 5 novembre à 16 h 30, Yves Le Maner recevra l’historien Pierre Laborie qui lui a écrit, en contre-pied, Le chagrin et le venin. Ce spécialiste de l’Occupation dénonce les idées reçues et l’instrumentalisation de l’histoire. À ses côtés, sont attendus Sylvie Lindenperg, professeure à l’université de Paris I- Panthéon Sorbonne, passionnée de seconde guerre mondiale et de cinéma, et Jean-Pierre Azéma, spécialiste plus particulièrement de l'histoire de Vichy et de la Résistance. La table ronde sera exceptionnelle, autant que la programmation. Une grande chance de voir sur grand écran dans des versions restaurées : La Bataille du rail (René Clément, 1945), L’Armée des ombres (Jean-Pierre Melville, 1969), Lacombe Lucien (Louis Malle, 1974), Monsieur Klein (Joseph Losey, 1976), Le Dernier métro (François Truffaut, 1980), Au revoir les enfants (Louis Malle, 1987)... et bien sûr La Traversée de Paris (Claude Autant-Lara, 1956), 45 Rue de Poliveau !
« Les actualités »
Un partenariat avec Estelle Caron la déléguée de l’Ina pour la région Nord donnera des merveilles. La professionnelle a sélectionné 8 moments clefs de la seconde guerre, donnés dans « Les actualités » d’alors. En respectant la chronologie, elle les présentera avant les films pendant 8 jours. Le lundi 7 à 19 h, une séance sera projetée comme au temps de l’Occupation. « Les actualités », et « Le grand film », en l’occurrence Le Corbeau (Henri-Georges Clouzot, 1943),
La Compétition européenne
Entre les plus de quarante inédits et avant-premières, les films du cinéma du monde, les désormais célèbres découvertes européennes, le focus particulier (cette année sur la Belgique et la Norvège), il y a aussi la Compétition européenne. Ont été sélectionnés 10 long-métrages de fiction, inédits en France. Ils sont slovène, allemand slovaque, norvégien… et concourent pour l’Atlas d’or (10 000 euros), l’Atlas d’argent (prix de la mise en scène, 5 000 euros), le Prix du Public, adoré par le public (4 000 euros du conseil général), le Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et – c’est nouveau – le Prix Regard Jeune (2 000 euros) attribué par des lycéens.
Sixties Folies
Le burlesque est l’autre grand thème développé par le Festival. Les programmateurs se sont attardés sur les années 60 quand ce genre de comique violent et visuel est réapparu sous l’influence du cartoon et de la culture pop. Au programme, l’absurde, les films dingues et psychédéliques, et les apocalypses visuelles : Docteur Folamour (Stanley Kubrick, 1963), Quoi de neuf, Pussycat ? (Clive Donner, 1965), Qu’as-tu fait à la guerre papa ? (Blake Edwards, 1966), Casino Royale (John Huston, 1967), Les Producteurs (Mel Brooks, 1967), Prends l’oseille et tire-toi (Woody Allen, 1969), pour ne citer que ceux-là.
Jacqueline Bisset, Jean-Paul Rappeneau, Mélanie Laurent…
Les invités de ce 12e festival sont prestigieux. La grande Jacqueline Bisset quittera les États-Unis pour se poser à Arras plusieurs jours. L’actrice anglaise « à la classe absolue » pour reprendre les mots d’Éric Miot, présentera plusieurs de ses films. Elle donnera aussi une Leçon d’actrice. Dans les années 70, elle a été classée la plus belle femme du monde. Elle a donné la réplique à Steve McQueen, Franck Sinatra, Dean Martin, Paul Newman, ou Albert Finney ; elle a joué pour des monstres sacrés, Luigi Comencini, John Huston, Claude Chabrol… Entre autres.
Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur du Cyrano qui fait le siège d’Arras, est l’autre invité d’honneur. « C’est un grand monsieur, affirme Éric Miot. Il a porté très haut le cinéma français. Hormis le dernier, tous ses films sont de grands succès. » Multi-césarisé, le cinéaste présentera ses films, de grosses productions à chaque fois, qu’il met longtemps à réaliser. « Son travail correspond bien à l’idée qu’on se fait du cinéma, il est la fusion entre film populaire et film d’auteur. » Il donnera une Leçon de cinéma le jeudi 10 novembre à 14 h 30.
De nombreux autres invités sont attendus. Certains déjà célèbres, d’autres en devenir. De toutes nationalités. La Canadienne Fiona Gordon, née en Australie, et le Belge Dominique Abel (à qui ont doit La Fée (2011) à qui les organisateurs ont donné Carte blanche sur le burlesque. Rendez-vous les 5 et 6 novembre. Philippe Lioret, Marie Gillain, Mélanie Laurent, Mathieu Kassovitz, Mathieu Demy, Emmanuel Mouret, André Wilms, Cédric Kahn, Philippe Faucon, Jalil Lespert… ont répondu présent. D’autres noms sont avancés, qui font tout autant frémir. Ne pas les rater. Ne rien rater. Novembre est mon mois préféré.
No Limit ! - résidence d’artistes et création musicale et sonore pour cinéma muet. Le cinéma muet n'en était pas silencieux. Bruiteurs et musiciens accompagnaient les projections. Dans cet esprit, deux artistes, Jacques Cambra et Jean Carl Feldis ont été invités à créer un spectacle autour du cinéma burlesque dans le cadre d’une résidence qui se déroulera le temps du festival.
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