Toute seule sur scène dans son sarouel noir. Les yeux fermés, les sourcils froncés, By-K s’agriffe aux cordes de sa guitare. Dans la salle, pas un souffle. Il aura suffi de quelques minutes de concert pour être accroché à la mélodie et à la voix de cette Héninoise si étonnante. Juste quelques minutes de musique pour être empoigné et emmené dans un diaporama bigarré, doux et puissant, dans des bouffées de couleurs et de respirations bénéfiques, métalliques, parfois psychédéliques. La chanteuse lance à la volée des balles qui rebondissent, avant qu’elles ne se transforment en bulles et qu’elles ne s’envolent.
Quel farceur, ce destin qui a conduit By-K sur scène ! Dix années d’architecture DPLG puis deux ans chez un architecte d’intérieur la promettaient à une carrière très conventionnelle. C’était sans compter avec ce besoin d’équilibre qui la tenaillait à des années-lumière des notions de rentabilité, de gain, d’intérêt, de flux tendu. Le soir, le week-end, après le boulot, la jeune femme renouait avec ses souvenirs d’enfance. Elle s’est rappelé ses leçons de piano entre 7 et 11 ans, a fini par acheter une guitare, a cassé sa tirelire pour une batterie et s’est intéressée à l’accordéon. « Je m’éclatais ! Je me suis rendu compte après mes études que la musique faisait partie de ma vie. Qu’elle me sortait par les pores de la peau. J’ai travaillé à l’oreille, naturellement. J’ai d’abord reproduit des sons puis je me suis appropriée la musique… »
Aujourd’hui, By-K vit « des grandes vacances forcées » mais tire de la situation de vrais atouts. « C’est grâce à cela que je sème un tas de petites graines. En ce moment, j’ai envie de rêver, enfin ! Et il se passe beaucoup de choses… » L’autre jour, après une prestation particulièrement réussie, en première partie des Dead Astro Pilots, le directeur de l’Escapade lui a demandé si elle voulait faire de la musique son métier…
By-K chante en anglais. Des textes courts, personnels ou tirés de recueils de poésie, ceux de Wittman et de Dickinson en particulier. Elle n’est pas prête à chanter en français « mais plus ça va… », plus elle laisse de place à la voix. « J’en ai marre d’être timide ! » Elle aime Radiohead, la musique de Bjork, Portishead et apprécie le travail « hyper millimétré, qui va au fond des choses, qui laisse peu de place au hasard ». « Je suis ta-tasse ! »
By-K a posé ses premiers pas sur scène avec Lusi Laps, un groupe lillois de pop électronique (http://lusilaps.free.fr), puis avec les excellents Khâro (www.kharo.net). Elle a aussi marqué particulièrement le public des « Beaux jours », le festival de théâtre amateur proposé par le Lions club d’Hénin-Liétard, et « Les jeudis rouges » au Rouge café de Lille.
Elle a inventé son nom en référence au site Dogmuzik qui propose des licences de libre diffusion et dont elle aime la philosophie. « K » comme Catherine car elle joue seule et « Baïka » comme « fable » en polonais, en référence à ses origines. Catherine Zgorecki n’oublie pas que son grand-père est arrivé dans le Pas-de-Calais en 1922, qu’il a été chaudronnier, et surtout photographe brillant à Rouvroy. Il faut croire que le talent se transmet. Car By-K est non seulement une musicienne intéressante mais elle est aussi peintre remarquable. En attendant de partager son travail plastique avec le public, elle prépare ses prochains concerts. Elle a été, entre autres, sélectionnée pour les finales du « Tremplin Coup de ressort » de l’Escapade d’Hénin-Beaumont et se produira le 21 juin, dans le Théâtre de verdure.
M.-P. Griffon
L'Écho du Pas-de-Calais n°101
Juin 2009
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