Il connaît tous les « woods » du sud de l’Artois et de la Somme. Ces bois encore hantés par les cris, le fracas et les canonnades de la Grande Guerre. Depuis plus de dix ans, Colin Gillard guide les pèlerins de la mémoire – Britanniques et Australiens – sur les champs de bataille et dans les cimetières. Mais cet Anglais de Birmingham, qui a débarqué en France en 1982 et vit aujourd’hui à Ligny-Thilloy, ne s’imaginait pas qu’un jour il irait faire un tour dans le « bois de houx » où résonnent d’autres cris, beaucoup plus joyeux. Bois de houx : Hollywood en anglais ! Le guide participe à une grande aventure cinématographique ; il était fin février avec sa famille, du côté de Downtown Los Angeles, Beverly Hills…

« C’est énorme ! », sourit Colin, pas près d’oublier son séjour aux States, invité par l’un des « big » producteurs hollywoodiens, Nigel Sinclair, fondateur de Spitfire Pictures - société associée à des films comme Pirates des Caraïbes, Usual Suspects ou le récent Valkyrie -, dirigeant de Exclusive Media Goup, commandeur de l’Empire britannique pour services rendus à l’industrie du film britannique aux États-Unis ! « Nigel est devenu un ami. Notre rencontre fut un pur hasard. » C’était en 2002. Colin Gillard se demandait d’où sortait cet Écossais qui avait loué un bus « pour lui tout seul » afin de visiter les principaux sites de la bataille de la Somme. « Un gars riche, et simple » avec lequel le guide a très vite sympathisé. Ils parlent alors ensemble de Band of Brothers, la mini-série américaine évoquant la Seconde Guerre mondiale. « Personne n’a rien fait sur la Première Guerre, lance Nigel. Tu as des idées ? » Et Colin lui raconte d’incroyables histoires d’hommes, glanées entre tranchées et buissons ; « cueillies » comme des coquelicots entre les lignes des lettres et carnets de soldats… La visite presque achevée, Colin et sa femme découvraient que « Nigel n’est pas dans la finance » mais bel et bien producteur de cinéma. Six semaines s’écoulèrent. Nigel revint chez Colin, accompagné d’une équipe technique cette fois ; le producteur proposant au guide professionnel de collaborer – avec Larry Ramin - à l’écriture du script d’un film sur la Grande Guerre. Énorme.
Hollywood et High Wood
Le projet est baptisé No Man’s Land, le scénario confié à Christopher McQuarrie (scénariste entre autres de Usual Suspects, Valkyrie). À travers l’histoire de trois soldats - un conducteur d’ambulance américain, un Britannique accusé à tort de lâcheté et un Allemand embourbé dans les tranchées – le film décrira les conditions de vie au front et à l’arrière. Tout en intégrant de grandes scènes de combats, notamment la Bataille de la Somme ou la prise du bois des Fourcaux (High Wood, près de Martinpuich) le 14 juillet 1916, ce film abordera aussi les raisons pour lesquelles les grands états européens sont entrés en guerre et montrera l’importance des nouvelles technologies (chars, mitrailleuses, etc.).
Depuis 2002, les scénaristes américains et Colin lisent, relisent, raturent, peaufinent le script ; travaillant énormément sur les personnages. « Je veux qu’ils ressemblent aux hommes dont je retrace les parcours lors des visites. » Chaque année, Colin Gillard accompagne un millier de personnes – 95 % d’Australiens, une école et deux groupes d’adultes, par exemple, du 19 avril au 6 mai prochains – entre Ypres et Thiepval, « avec presque tous les jours une nouvelle histoire… »
Nigel Sinclair est venu sept fois chez les Gillard, « il a ses bottes attitrées pour aller sur le terrain ! » ; toujours à la recherche d’emplacements dignes d’intérêt pour le film. Mais apparemment, il serait tourné en grande partie en Bulgarie. « Un gros budget. » Colin ne sait pas trop quand No Man’s Land – si ce titre est conservé – arrivera sur les grands écrans. Sans aucun doute avant 2014 et le centième anniversaire du début de la Grande Guerre.
Christian Defrance
L'Écho du Pas-de-Calais n°100
Avril-Mai 2009
Pas de commentaire, soyez le premier à participer
