Elle figurait en quatorzième position sur la liste de Bernard Baude, maire sortant de Méricourt réélu avec une confortable majorité, obtenant vingt-huit sièges… « Une nouvelle aventure commence dans la municipalité » sourit Samira. « Maire ou écrivain : on rêve de mieux vivre non ? » La nouvelle conseillère municipale est aussi une « révélation littéraire ». Son premier roman sorti en septembre dernier, La vie rêvée de Mademoiselle S., a conquis des cohortes de lecteurs, de Mulhouse à Casablanca en passant par Douvrin ou Boulogne-sur-Mer.
Tous séduits par l’histoire de Salima, lycéenne de terminale, fille d’immigrés marocains, excellente élève et brillante rêveuse. « Salima est en train de déchanter sur les petites évolutions et les petites révolutions de sa vie, elle n’a que le rêve et la poésie pour tenir. » Un roman rangé dans le rayon des « jeunes adultes » mais ouvert à « tous les visages ». Mamans, ados, collégiens… se posent la même question que Samira, « mais qu’est-ce qu’on a fait de nos rêves ? » Samira est-elle Salima ? « Elle est beaucoup plus réaliste », affirme l’écrivain. Points communs – et virgules communes – sont pourtant nombreux.
Tous différents
« J’ai la chance de ne pas avoir grandi dans les banlieues, lance Samira El Ayachi. On a les mêmes difficultés mais j’avais une maison, l’échelle est différente. » Naissance en 1979. Corons de Méricourt, père mineur et marocain, une copine qui allait à l’église polonaise… L’histoire de l’émigration en raccourci. Sincérité totale. Solidarité profonde. « Tout ça me rattache à Méricourt. Je me suis bien amusée, je ne me suis jamais sentie différente parce que nous étions tous différents. » Au lycée Picasso à Avion, Samira, très bonne élève, tombe amoureuse des mots, de la langue. Sa Lettre à un professeur qui a marqué votre vie – « une prof de seconde » – est publiée. « J’ai été touchée par la littérature, pourquoi ne toucherai-je pas les autres ? » Elle lit Céline, Duras, Éluard, Baudelaire. Se retrouve sur les bancs de khâgne, hypokhâgne au lycée Faidherbe à Lille. Passe très vite des classes préparatoires à « l’envie d’apprendre un métier ». Samira s’inscrit à l’IUP (Institut universitaire professionnalisé) de Lille 3, section « Art et culture ». Durant son année de licence, elle est embauchée par l’Aéronef à Lille. Sa mission : la réappropriation des équipements culturels par le plus grand nombre. « La culture c’est pas que les murs ! » Quartiers périphériques, centres sociaux, prison : Samira crée des « vies rêvées », parle de « liberté de choisir », favorise les découvertes, incite à suivre son exemple : « ce qui m’a toujours permis de m’en sortir, c’est l’imaginaire ». Hip-hop, rap et slam aussi, toujours la musique des mots, les rencontres, le collectif. « Pour être bien ensemble, il faut avoir un rêve collectif. »
Et Salima pointa le bout du nez. Écrire un roman ? « Il faut être un peu fou, un peu enfant. J’avais envie de bousculer ma vie ». Bousculer les lecteurs aussi avec un langage urbain, « de l’insulte à la phrase précieuse ». Trouver la vie rêvée entre les lignes de la vraie vie. Se détacher… pour mieux se rattacher. À Méricourt pourquoi pas ? Samira acquiesce. Maintenant, il faut songer au nouveau roman : « et le sortir pour 2009 ! » lance-t-elle. La suite de Mademoiselle S. ? Creuser une histoire de mineurs marocains ? Ou celle d’une citoyenne impliquée dans la vie de sa ville ? Seule certitude : le rêve et l’imagination prendront toujours le dessus sur la réalité implacable. Et Samira sera toujours d’ici, de là-bas, de partout, « l’homme doit être nomade ».
Christian Defrance
L'Écho du Pas-de-Calais n°92
Avril/Mai 2008
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