JUSQU’A présent, pour lire Boule de suif de Maupassant, une biographie de Léonard de Vinci, le dictionnaire des antiquités grecques ou l’histoire de l’île de Chypre, il fallait se déplacer à la bibliothèque du quartier, à la Bibliothèque nationale de France ou chez le libraire. Désormais, il suffit d’allumer un ordinateur. La bibliothèque électronique est née. Véritable révolution, bombe atomique dans les usages, on l’appelle électronique, numérique ou virtuelle ; elle est accessible via des CD-Rom mais surtout grâce à l’Internet. Depuis son apparition, elle remporte un succès qui explose toutes les prévisions. En décembre dernier près de 4,5 millions d’Internautes français ont consulté un des nombreux sites spécialisés dans les livres. Le site de la Bibliothèque nationale de France, Gallica, pulvérise, lui, ses propres records chaque année.

Catherine Lupovici, a été le premier directeur du département de la bibliothèque numérique à la BnF. C’est ce département qui a mis en place Gallica. Aujourd’hui, le service s’oriente vers d’au-tres évolutions du métier et s’attache notamment à l’apport français pour la bibliothèque numérique européenne. La maquette d’Europeana sera présentée au salon du livre à Paris, fin mars. Gallica, elle, est devenue l’affaire de tous les départements de la bibliothèque. Littérature, cartes et plans, sciences et techniques, livres rares… « Elle est à la fois spécialiste et ouverte », précise Catherine Lupovici.
ÉMILIE ZEHNDER a une double compétence : consommatrice de contenus de bibliothèque numérique, elle a également travaillé dans le secteur. C’est donc à elle que nous nous sommes adressés pour recevoir des conseils avisés à destination des néophytes.Les Échos du Pas-de-Calais : Peut-on penser une bibliothèque sans penser à son informatisation ?
É. Z. : cela n’aurait pas de sens. Pour une simple recherche d’ouvrage, il est de plus en plus courant d’utiliser le catalogue de la bibliothèque. Catalogue informatisé j’entends. Il permet de rechercher un ouvrage précis, un titre, un auteur, de constituer des bibliographies… Les BU sont dotées de bases de données et de CD-Rom qui autorisent les recherches très poussées et trouvent des ouvrages qui ne sont pas en magasin (dans le fonds documentaire de la bibliothèque). Il est également possible de consulter les catalogues des autres bibliothèques partout dans le monde pour peu qu’ils soient en ligne.
Hélas, mon expérience en BU m’a montré que les étudiants n’ont pas conscience de cette mine d’informations. Beaucoup pensent encore que l’on trouve tout sur Google.
Les É. du P-de-C. : faut-il une formation pour les utiliser ?
É. Z. : chaque base de données et chaque CD-Rom a son propre fonctionnement. Par exemple, il existe des opérateurs booléens pour affiner la recherche mais ils sont variables d’un système à l’autre (and, or, not, et, ou…). Même chose pour la troncature qui permet une recherche plus large (un caractère défini utilisé en fin ou en milieu de mot peut remplacer un ou plusieurs caractères. ex. : wom*n pour woman ou women)… Si on ne connaît pas toutes ces astuces, la recherche peut s’avérer infructueuse…
Les É. du P-de-C. : quels sont vos meilleurs sites ?
É. Z. : mes préférences vont vers Gallica. Le Sudoc http://www.sudoc.abes.fr/ peut également s’avérer très utile car il permet de localiser des documents de tous types détenus par les bibliothèques universitaires françaises. En droit, Légifrance http://www.legifrance.gouv.fr/ donne accès à la documentation officielle.
C’est compter sans les bases de données qui ne sont accessibles que par l’Intranet des bibliothèques (qui ont souscrit des abonnements) comme LexisNexis pour la presse française et internationale, Science Direct pour les sciences, AtoZ qui propose des revues en texte intégral, Business Source Premier pour les sciences économiques et la gestion, AJDA pour le droit administratif et beaucoup, beaucoup d’autres…
LE service commun de la documentation (SCD) de l’université d’Artois (cinq bibliothèques situées sur les villes d’Arras, Béthune, Douai, Lens et Liévin) a inauguré en novembre dernier son portail documentaire et surtout son Visual Catalog, un outil graphique d’interrogation du catalogue numérique de la bibliothèque. Cet outil peut-il faciliter la vie des utilisateurs ? Rencontre avec Corinne Leblond, directrice du service concerné.« Le Visual Catalog est un projet de recherche mis en place par l’université d’Artois et Paris VIII. L’objectif est d’offrir aux campus une nouvelle approche ergonomique du catalogue de la bibliothèque », explique Corinne Leblond. Il permet d’orienter plus facilement les utilisateurs vers les ressources documentaires et les périodiques numériques de la BU. Pour y parvenir, le Visual Catalog propose une forme de recherche particulière et intègre les dimensions d’interrogation et d’exploration, en suivant les indices de classification utilisés par la BU.
Le Visual Catalog permet ainsi d’afficher toutes les disciplines couvertes par la question posée et d’affiner les résultats par associations. Mieux encore, il permet d’identifier d’un coup d’œil la localisation et la disponibilité des ouvrages.
« Depuis que Visual Catalog est en activité, nous avons des connexions depuis le Japon, les États-Unis et 3 000 entrées par mois depuis le 1er septembre 2006. Notre objectif est bien de diversifier le public, d’étendre la consultation de notre base documentaire aux autres bibliothèques, de l’ouvrir à la formation continue… Nous avons par exemple, un fonds exceptionnel en littérature contemporaine chinoise et en littérature enfantine. Il mérite d’être valorisé auprès d’un public plus large ».
CHRISTELLE CREFF est responsable de la bibliothèque universitaire de Boulogne. Pour la bibliothèque de l’université du Littoral, elle organise le contenu de l’offre documentaire numérique et les développements de demain.Les Échos du Pas-de-Calais : la bibliothèque numérique est-elle une réalité concrète pour les étudiants ?
Christelle Creff : la bibliothèque numérique est on ne peut plus réelle. Elle est composée de signets présélectionnés qui emmènent vers des sites aux contenus riches et validés, de périodiques spécialisés, d’archives… Nous souhaitons amener les étudiants à découvrir davantage notre offre numérique, car il serait dommage de se priver d’une telle manne d’informations. À chaque rentrée, nous proposons donc un cours de méthodologie pour mieux aborder les bibliothèques numériques.
Les É. du P-de-C. : quels services apportent les bibliothèques numériques ?
C. C. : pour chercher une information, certes il existe Google qui peut être le départ d’une recherche. Mais nous orientons les étudiants vers des sources plus pointues, où surtout nous sommes sûrs que les contenus et les bibliographies sont validés. Nous sélectionnons ces ressources en fonction des objectifs des enseignements de l’université. Notre offre électronique s’adresse en priorité au niveau recherche, étudiants de master et doctorat, enseignants chercheurs, mais nous proposons aussi un bouquet de bases généraliste pour tous, avec un accès par exemple à de nom-breux titres de la presse.
Les É. du P-de-C. : quelle est votre politique en matière de bibliothèque numérique ?
C. C. : les ressources électroniques représentent 25 % de notre budget global en acquisition documentaire. Nous avons remarqué que les scientifiques ont recours de manière systématique aux parutions en ligne. C’est moins le cas des historiens ou des chercheurs en sciences humaines et sociales qui ont plus l’habitude de travailler sur des sources papier. Il y a en outre moins d’offre numérique dans ces domaines. Actuellement, nous rééquilibrons l’offre.
Mais attention, le numérique ne se suffit pas à lui seul. Le papier est complémentaire. D’ailleurs, je préconise d’allier les recherches sur les documents électroniques et sur les livres.
Les É. du P-de-C. : le seul inconvénient est qu’il est impossible de faire des recherches chez soi !
C. C. : c’est vrai, il faut se connecter à un poste sur le campus de l’université, dans un laboratoire, une bibliothèque. Mais notre objectif est d’offrir un jour un accès à distance. Nous travaillons avec toutes les autres universités de la région pour mettre au point cet accès à distance et le futur « Environnement numérique de travail ».
Les É. du P-de-C. : est-ce que ces trésors d’informations sont ouverts aux seuls étudiants ?
C. C. : le grand public peut y accéder depuis le campus. Il suffit d’être abonné à la BU. La bibliothèque est au centre-ville, très facile d’accès. Elle est gratuite pour les chômeurs et les RMIstes.
Les É. du P-de-C. : les bibliothécaires sont-ils promis à disparaître ?
C. C. : notre métier évolue. Il faudra toujours des professionnels pour sélectionner les ressources documentaires, aider les étudiants, les orienter vers des sources validées et sûres……
Archives départementales à portée de souris |
À partir de juin, certains documents des archives départementales d’Arras seront accessibles depuis la maison du Département de Saint-Omer. C’est une première étape. À terme, dans toutes les maisons du Département, il sera possible aux usagers de se connecter à un réseau et donc d’effectuer des recherches sans trop se déplacer. Déjà nombre de visiteurs ont pris l’habitude de travailler sur ordinateur au site des archives, à Dainville et à Arras. Depuis 2005, des documents sont visibles sur écran. Il s’agit des recensements de population de 1820 à 1946 ; des tables décennales d’état civil des communes du Pas-de-Calais de 1793 (ou 1803) à 1902. Bientôt seront numérisés tous les plans cadastraux. Une chance pour les usagers qui sont éloignés d’Arras ou qui, handicapés, ont des difficultés d’accès. Pour ces derniers, la maison de Saint-Omer, rue Saint-Bertin, se met aux normes. Le temps encore de quelques travaux et de tests pour que la population ne rencontre aucun souci informatique et les archives seront à portée de souris. … Marie-Pierre Griffon |
L'Écho du Pas-de-Calais n°82
Mars 2007
Pas de commentaire, soyez le premier à participer
