Ils s’appellent « spams », « virus », « trojans » ou « key loggers » et gâchent la vie des internautes. Le plus gentil envoie une publicité sur un voyage de rêve mais le plus méchant vide les comptes en banque.
Tous ont été créés par des génies de l’informatique qui ont compris comment entrer chez vous comme dans un moulin. Ces génies peuvent décortiquer votre vie, vos centres d’intérêt et les utiliser. Personne désormais ne peut se passer d’un anti-virus et d’un « fire-wall », un pare-feu pour parer au plus pressant…
Big Brother is watching you. Big Brother vous regarde. Il sait sur quelle touche vous tapez, décrypte vos codes, sait que vous vous intéressez au macramé ou à l’astronomie, que vous lisez Freud dans le texte et retient votre petit nom intime. Il enregistre toutes vos conversations, vos informations, votre carnet d’adresses et les envoie discrètement à son maître… Vision apocalyptique du futur ? Non. Réalité, aujourd’hui. Ces espions du quotidien s’appellent les « chevaux de Troie » (trojans en anglais) ou les « key loggers » (ce sont les pires). Ils s’infiltrent chez vous par des « failles » du système quand vous n’avez pas installé de pare-feu (en anglais « fire-wall ») et d’anti-virus sur votre ordinateur. « En fait, explique Jérôme Pouille, webmaster, quand vous surfez, abandonnez tout espoir d’anonymat. » Les fournisseurs d’accès et tous les hébergeurs de site connaissent les adresses et les noms derrière les clics. Ils peuvent vous espionner, s’ils le veulent… et s’ils n’ont pas peur de tomber sous le coup de la loi.
Certains affirment que les virus sont créés par les fabricants d’anti-virus. Peut-être. « En attendant de savoir, poursuit Jérôme, aucun internaute ne peut se passer de protection. Les dégâts peuvent s’avérer gravissimes. Si tous les virus n’exploitent pas vos informations, comme le feraient les key loggers ou les chevaux de Troie, ils les détruisent. » Et éliminent en passant quelques composants, quelques parties de disque dur ou la carte mère. « Mais attention, si l’anti-virus n’est pas mis à jour, il ne sert à rien. De même, les systèmes (Windows, MacOs, Linux) doivent être mis à jour, principalement s’ils sont récents. » Sachez que les virus sont créés pour ennuyer le plus de monde possible. Si vous êtes marginal, que vous possédez une ancienne version de Windows ou que vous travaillez sur un ancien Mac, vous êtes relativement à l’abri des sévices. Les génies de l’informatique ne vont pas créer des programmes aussi compliqués qu’assassins pour seulement quelques-uns…
Comme la vie courante
Pour Jérôme, les dangers d’Internet sont à mettre en parallèle avec ceux de la vie courante. Ils semblent peut-être plus sensibles parce que plus faciles d’accès. Là comme ailleurs, il y a risque d’accoutumance et des cures de désintoxication au web existent bel et bien. Mais comme pour la drogue, la question n’est pas « quel produit ? » mais « pourquoi un produit ? » De même, le danger de repli sur soi et de ne plus sortir de sa chambre existe. Les personnes fragiles doivent être encore mieux encadrées. Risques également avec les petites annonces de rencontres hasardeuses et périlleuses mais elles étaient possibles déjà sur minitel. Là, elles sont gratuites donc plus faciles… Surfer sur des sites de jeux d’argent ou de l’industrie du sexe n’est pas anodin. Il arrive que soient installés de petits programmes appelés « dialers ». Sans que l’internaute le comprenne, ils composent eux-mêmes et automatiquement des numéros surtaxés. À la fin du mois, les factures de téléphone sont alors à encadrer. Enfin, s’agissant des sites nazis ou pédophiles, « voilà huit ans que je suis sur le net, pose Jérôme et je n’en ai jamais croisé par hasard ».
Anne-Marie François est technicienne en informatique. Passion-née par son métier, elle a des touches de clavier greffées au bout des doigts. Quand elle ne répare pas les ordinateurs pour le travail, elle surfe pour le plaisir. Actualités, cinéma, théâtre, voyage… tout l’intéresse. « Mais attention, prévient-elle, ce n’est pas parce qu’on a lu des bouts d’info sur 156 sites qu’on sait tout sur un sujet. Le danger aujourd’hui est que les gens ont l’impression de maîtriser un thème alors qu’ils n’ont fait que le picorer. Certains débattent de livres ou de films alors qu’ils n’ont lu ou vu que des extraits sur le net. Le plus grave est qu’ils ne prennent plus le temps d’aller en bibliothèque. Ils n’ont plus le plaisir du papier, le plaisir du bouquin tenu en main… »
De l’avis des personnes qui gèrent les sites Internet (les webmasters), les risques du web pour les mômes ne sont pas anodins. Mais traverser la rue ne l’est pas non plus… si les règles élémentaires ne sont pas respectées. Regarder à droite et à gauche, observer les feux, marcher dans les clous. L’idéal pour les parents est de bien comprendre comment fonctionne le web. Il suffit souvent de le vouloir pour le pouvoir. Si un gamin de six ans sait surfer, sa mère ou son père le peut également. Prendre l’habitude d’instaurer un dialogue avec l’enfant et lui demander ce qu’il cherche sur Internet. Comme pour la télé, les magazines, les récits, les témoignages… il est utile de le guider pour évaluer les informations trouvées sur le réseau. Nombre de fausses données, d’erreurs, d’abus circulent sur la toile. Là comme ailleurs, il faut aider le gamin à développer son raisonnement critique et à détecter la « propagande ». Enfin, de la même manière qu’un parent doit apprendre à son fils ou sa fille comment se conduire en société, il convient de lui enseigner la « nétiquette », le savoir-vivre sur Internet. Cet apprentissage réduira les risques de voir se déclencher l’agressivité de ses éventuels interlocuteurs.Apprenez à vos enfants à ne jamais divulguer d’informations personnelles (âge, sexe, adresse, numéro de téléphone, nom de leur école, photo, etc.). Même sur les « profils » de messageries instantanées. Choisissez des noms d’utilisateur et des pseudonymes neutres, à utiliser systématiquement. Interdisez les chats non supervisés (dits « sans modérateur »), en d’autres termes les dialogues affichés dans des fenêtres privées. Persuadez vos enfants de ne pas accepter de rendez-vous dans le monde réel, transmis par le web, sans vous en parler. Définissez des règles d’utilisation et des horaires adaptés à l’âge de chacun. Par exemple, deux heures par jour le week-end et une heure en semaine. Expliquez à vos enfants que les pédophiles peuvent très bien se faire passer pour des personnes de leur âge, en vue d’obtenir des rendez-vous. |
Marie-Pierre Griffon
L'Écho du Pas-de-Calais n°58
Octobre 2004
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