C'est une intimité végétale au cœur du monde urbain et industriel, d'un émeraude presque indécent entre corons et voie rapide. Le terril plat des acacias se pelotonne à Wingles sur cinquante-cinq hectares. Façonné par la main de l'homme et la contrainte de sa machine, envahi par la flore artificielle qu'on lui a imposée, le site acquiert pourtant au fur et à mesure que passe le temps, un véritable intérêt patrimonial. Il a même été classé espace naturel sensible et acheté par le Département pour être préservé.
"Nous essayons de retrouver doucement des essences propres au sol des terrils : des bouleaux et des
chênes..." Christian Ringot d'Eden 62, conseiller technique pour la gestion du site et Jérôme Lenoir,
garde départemental, luttent contre l'artificialisation de l'espace. À certains endroits, la renouée du
Japon et le robinier faux acacia, aux grappes blanches très odorantes, prospèrent désespérément. Ces
plantes d'ornement, exotique ou nord-américaine, ont fait en leur temps le bonheur des parcs d'ornement.
Aujourd'hui, elles continuent à orner obstinément, proliférant aux dépens des espèces locales…
Le rarissime machaon
Ronron de la RN 47, au loin, et rumeurs de la ville. Impossible d'oublier
la situation urbaine de l'endroit. Pourtant, sur ce terril des acacias, certains paysages capturent le
visiteur. L'étonnante zone inondable dans laquelle se dressent les saules, frênes et aulnes, le petit
chemin bordé du Flot de Wingles, les marais ont une vraie couleur d'escapade. Grâce au travail de fauche
et à l'exportation du produit de la coupe pour éviter d'enrichir le sol, Eden a créé un milieu de plus en
plus diversifié. Les orties et les chardons ont perdu du terrain et le machaon, un papillon très commun,
aujourd'hui rarissime est revenu. Le grillon bleu est apparu et aujourd'hui, les libellules pullulent :
les petites demoiselles, l'agrion jouvencelle et la grosse libellule déprimée. Véritable royaume des
amphibiens, les marais du terril cachent la grenouille verte, le crapaud commun et accoucheur et le triton
crêté. Les oiseaux se multiplient et certains, de passage, considèrent désormais l'endroit comme un site
de repos. Un couple de cygnes a élu domicile dans l'eau vive. Il côtoie le martin-pêcheur, le pic épeiche
et le pic-vert, la bécasse des bois, la foulque, le blongios et le troglodyte, passereau parmi les plus
petits d'Europe. "Conserver le milieu pour renforcer les populations" est l'objectif des hommes
d'Eden. Ainsi, le bord du ruisseau sera-t-il bientôt contourné, en partie, pour laisser à certaines
espèces la possibilité de s'exprimer. La mission n'est pas toujours aisée dans ce milieu urbain qui a
toujours considéré les lieux comme les siens. Ainsi les jeunes des alentours continuent-ils à lâcher leur
révolte et leur ennui sur le terril et les plus vieux persistent-ils à lancer leurs cannes à pêche comme
ils l'ont toujours fait. Sans se douter qu'ils abîment des espèces rarissimes : l'oenanthe à feuilles de
Silaüs et la cotonnière naine, toutes deux menacées d'extinction dans la région…
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