Willy Jendrowiak, d’origine polonaise, fils et petit-fils de mineurs, est né il y a 27 ans à Hénin-Beaumont. Depuis toujours, les événements familiaux et le devenir de sa région l’ont ému. En licence d’histoire, il s’est passionné pour la naissance et le développement du bassin minier ; en maîtrise il a travaillé sur l’immigration polonaise dans les mines du Pas-de-Calais ; pour son DEA il s’est attardé pendant près de trois ans sur la reconversion du pays minier. « Je ne pouvais imaginer un autre sujet, dit le jeune homme, j’ai ça dans le sang, j’ai ça dans les tripes ! »
« Malgré toutes les difficultés rencontrées, je tire une certaine fierté d’avoir mené à bien ce mémoire, pour mon père, mes oncles et toute la corporation minière… » Afin de venir à bout de son projet, Willy Jendrowiak a dû cerner les problèmes soulevés par la disparition de la mine. Il n’a pas abordé le devenir de l’encadrement médico-social du mineur, le problème du foncier, la réhabilitation des friches et de l’environnement… « Mais, pour reprendre l’intitulé d’une journée d’études organisée il y a quelques années à l’université, l’histoire minière demeure bel et bien une veine inépuisée ! »
Causes et conséquences
L’étudiant s’est donc attardé sur les aspects sociaux, économiques, démographique, sanitaires… de la récession charbonnière. Pour le jeune homme, les causes sont multiples : compétitivité du charbon français très éprouvée ; coûts d’extraction de plus en plus élevés ; recours à d’autres sources d’énergie ; utilisation du charbon en constante baisse ; intérêt économique qui prime sur l’intérêt humain…
Enfant de mineur, le garçon a vécu directement les conséquences de la récession. Son père a été mis en préretraite à 45 ans, après 25 années passées « au fond ». Willy Jendrowiak s’est ainsi intéressé à la réduction progressive des effectifs, au devenir des mineurs, à leur nouveau métier, aux changement de lieu et de condition de travail… Quitter la mine pour l’usine a été pour certains un séisme. « On compare souvent la solidarité et la difficulté des mineurs à celles des marins, explique l’étudiant. C’est déjà difficile de changer de métier, alors imaginez quand on y travaille depuis l’âge de 14 ans et qu’on évolue dans un monde particulier, fait de solidarité, de camaraderie, un monde qui dépasse les clivages des nationalités. »
Solutions non adaptées
La fermeture de la mine fut un tremblement de terre également dans les domaines économique, social, démographique. Les migrations définitives ont succédé aux migrations alternantes. Les jeunes actifs et les jeunes diplômés ont quitté le bassin minier… Ils étaient nécessaires au redémarrage de l’économie locale.
« Charbonnage de France a apporté des solutions, reconnaît Willy Jendrowiak, mais elles étaient inadaptées à la région. » L’étudiant assure qu’« il n’y a pas eu de projet d’envergure pour substituer l’activité charbonnière à une autre activité ».
Alors, futur noir pour région noire ? Pas tout à fait… « Même si la région est encore loin d’être sortie des problèmes de reconversion, force est de constater qu’elle s’est considérablement développée… » Pour le jeune homme, deux dossiers sont signe ostensible de renouveau : l’inscription du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco et l’implantation du Louvre Lens. « Mine de rien, ajoute-t-il, une dynamique de progrès est enclenchée… mais d’autres initiatives de ce genre seront nécessaires ! »
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