Patrick Dusautoir se souvient encore de la grosse colère qu’il a piquée quand, à la fin des années quatre-vingt, un célèbre journaliste scientifique s’est permis en plein journal de vingt heures, de casser un bon vieux disque microsillon, histoire de saluer le début de règne du compact-disc ! Bien sûr, le CD est en tête du hit-parade, mais le vinyle n’est pas mort. 33, 45 tours… et puis s’en vont au salon du disque de Marck-en-Calaisis !
Patrick est le trésorier de l’association Collection Vinyle regroupant une vingtaine de passionnés du Calaisis qui ont lancé en 2001 une bourse aux disques dans l’arrière-salle d’un café. Un rendez-vous dont la renommée ne cesse de s’amplifier : un millier de visiteurs l’an dernier et 250 mètres d’exposition pour la 3e édition, le dimanche 12 janvier prochain dans la salle polyvalente de Marck-en-Calaisis. La bourse est devenue salon du disque, du CD, du DVD car Collection Vinyle veut absolument se débarrasser de l’image du collectionneur « un peu ringard, nostalgique du yéyé ». Bien sûr, Patrick Dusautoir a tous les disques de Sheila, « mais je ne suis pas un vieux pépé » sourit ce quadra sympa qui achète toutes les nouveautés musicales… en vinyle ! Mais oui, il faut le savoir, le dernier album de Johnny ou le dernier tube de Mylène Farmer sont disponibles en vinylite noire. Ça se trouve facilement à Calais, tout comme les bonnes platines ou les diamants indispensables pour « lire » ces objets certainement pas dépassés aux yeux de Collection Vinyle. Ils se régalent ces collectionneurs, en admirant les pochettes, en découvrant les posters parfois glissés à l’intérieur, alors que le CD « ce n’est qu’un morceau de plastique ! » Nos collectionneurs sillonnent donc les salons (en Angleterre c’est le top), hantent les brocantes (« des disques à un franc qui sont quelquefois des trésors »), naviguent sur le web : « un gars de la Réunion m’a acheté un 33 de David Alexandre Winter tout simplement parce que c’est le papa d’Ophélie »... À Marck le 12 janvier, il y aura des exposants allemands, le fidèle client japonais et tous ces fans qui ne détestent pas les musiques un peu craquantes dans les oreilles. Autre analyse réductrice, celle qui tend à comparer les « vinyliques » à des marchands obnubilés par le nombre de tours que fera leur disque sur la piste du fric ! « J’ai bien un 33 des Chaussettes Noires qu’on veut me racheter 300 euros » commente Patrick, « pas de quoi faire fortune. C’est plutôt le contraire, mes cinq achats hebdomadaires, ça fait des trous dans le budget d’un agent commercial de la P&O Ferries ».
Le message est clair : c’est avant tout la musique qu’ils aiment, et cette fraternité qui voit forcément le jour entre des garçons et des filles de tout âge collectionnant les vinyles de Claude François ou les maxis des groupes disco italiens des années quatre-vingt ou ceux de Madonna, voire les « galettes colorées » de Queen ! Pourtant, il n’est pas question dans leur esprit de brûler un jour le CD pour laisser « plages » libres à leurs 25, 33, 45, 78 tours.
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