La France recense environ 5 600 porteurs de ce nom ! Ils sont au moins 800 dans le Pas-de-Calais, leur département de plus forte implantation… Difficile par contre de chiffrer leur « présence internationale ». Mais le patronyme court les rues de Belgique, de Suisse, d’Australie, du Canada ou des États-Unis. Vous les reconnaissez ? Ce sont les Defrance. Un nom de famille somme toute assez banal, devenu une passion dévorante pour un couple de retraités lensois. Émile et Françoise… Defrance ont créé en novembre 2001, « Famille Defrance association ».
Ce sont ses petits-enfants qui ont amené Émile au pied d’un arbre généalogique. Né à Liévin en 1942, mineur de fond à 14 ans puis ouvrier sidérurgiste (en Moselle notamment), il n’avait jamais attaché une grande importance à ses racines. Pourtant il s’accroche aux branches, suit les nervures d’une famille qui a eu son lot de drames, de mésententes, d’incompréhensions. Il re-trouve ainsi son frère Alfred, « nous étions séparés depuis 54 ans », puis arrive à Arques où est né son grand-père. Furetant dans les actes de naissance, de décès, Émile Defrance atterrit en 1709 à Mametz avec Pierre-François-Joseph. Et plus moyen de redécoller ! Peu importe, Émile continue à collecter dans les mairies, les archives tout ce qui porte ce nom signifiant « originaire des environs de Paris, de l’Île-de-France ». Entre-temps, Françoise, l’épouse, ancienne comptable, s’est elle aussi prise au jeu. Elle épluche les annuaires, décortique Internet : « dénicher des Defrance, c’est une façon de voyager, de m’évader plutôt que de tourner en rond avec la retraite ». Le couple crée l’association, espérant certes tomber sur des cousins, mais surtout « pour créer des contacts ». La première réponse est venue d’Australie : un Defrance, ancien chef-cuisinier des bergeries nationales de Compiègne. Puis Émile et Françoise ont accueilli à Lens, David Defrance et sa fille, venus du Michigan ! Depuis Françoise n’arrête plus, avec une petite déception : « nous n’avons qu’une douzaine d’adhérents ! Les jeunes hésitent à nous répondre. Nous ne sommes pourtant pas une secte et je n’espère pas un quelconque héritage… » Si les cotisations paraissent élevées (de 35 à 60 euros), c’est tout simplement parce que Françoise envoie tous les trois mois une brochure ! Il y a celle sur les Defrance (de France et d’ailleurs), celle sur les rois puis celles sur les beautés de chaque département français. Des milliers de pages, des tonnes de courrier électronique, une imprimante qui tourne sans arrêt : « je passe tout mon temps libre là-dessus ». Et une seule envie : pouvoir se parler, correspondre au-delà des frontières, des différences. L’arbre d’Émile cache une forêt de vies et d’histoires.
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