Jeanne et Fabrice Lefebvre (photo) collectionnaient chez eux, à Hersin-Coupigny, des instruments de musique du monde entier… « Ça décorait » sourit aujourd’hui Fabrice, son épouse s’empressant d’ajouter : « on écoutait quand même beaucoup de musiques ethniques ». Toujours est-il qu’un beau soir, notre couple et un ami (Gérard Chambellant) assistent au concert du groupe Ekova. « Nous avons été soufflés de voir ce qu’ils faisaient avec leurs instruments et nous avons eu envie de décrocher les nôtres ».
Fabrice est coiffeur, il n’a jamais appris la musique, n’a jamais touché à une table de mixage. Jeanne est institutrice, elle n’a jamais chanté de sa vie. Mais avec Gérard, ils décident de réaliser en 1998 un disque « ambiance Tibet, Népal » ; projet s’inscrivant dans une démarche philosophique, en relation aussi avec l’association France-Tibet. Fabrice apprivoise santour, tabla, bendir, udu, damaru, oud, sitar, darrabuka. Jeanne apprivoise ses cordes vocales. Miracle musical, un label nantais, Prikosnovénie, accepte de produire en 1999 ce premier essai « fait à la maison », baptisé Ishati. Rajna était né, un nom trouvé par hasard et qui « sonnait bien ». Dans la foulée, cet étonnant trio, planant à des années-lumière du showbiz, enregistre un deuxième opus, sous la houlette de Holy Records, maison réputée dans l’univers du rock métal ! « Avec nous, ils voulaient élargir leur panel » glose Jeanne, consciente que le métal est loin du voyage intérieur prôné par Rajna. Avec la maison Holy, Yahili se vend à 5 000 exemplaires ! Le groupe s’accorde une petite année de repos, en profite pour étoffer la collection d’instruments et repart de plus belle en 2001 avec The heady wine of praise, d’inspiration indienne : « nous avons une base traditionnelle pour nos créations, mais pas trop. Nous ne voulons surtout pas dénaturer, ni être kitch ». C’est aussi sur ce 3e album que figure une reprise du duo Dead Can Dance (inclassable et captivant) dont les Lefebvre sont des fans absolus. 2002 : le couple déménage au cœur de “l’Himalaya minier” et Gérard s’éloigne de Rajna. « Nous avons alors voulu gommer notre côté sombre, donner de la lumière à notre musique, faire (à la maison naturellement) un disque moins pesant ». Toujours chez Holy Records, The door of serenity est effectivement plus doux, les motivations profondes restant ethniques. La volonté d’ouverture se traduit par un chaleureux accueil : Rajna entre dans la cour des grands… du petit monde underground des musiques dites différentes. Déjà, l’institutrice et le coiffeur s’enferment dans la pièce du haut, « out of the world », pour préparer le 5e CD. Il sera plus moderne sans perdre ses voies ethniques. Et Rajna sur scène ? « Trop compliqué » répondent-ils en chœur… « Mais si nous avions commencé dix ans plus tôt, nous aurions fait des concerts » assurent Jeanne, 34 ans et Fabrice, 33 ans. D’autres expériences incroyables les attendent : une collaboration avec des artistes italien et japonais, ou la bande originale d’un polar américain ! Les messages enthousiastes pleuvent du monde entier. Dans un petit coin de Gohelle, petit point sur la carte du monde, deux incroyables voyageurs musicaux ont trouvé la clé universelle qui ouvre la porte de la sérénité, celle qui met l’âme dans tous ses états. Ni élitiste, ni hermétique, « Rajna academy » libère notre esprit encombré de déchets nrjiens, skyrockiens
URL courte : www.echo62.com/article640
