Depuis près de trente ans, des petits pas de petits rats courent sur les parquets de Sallaumines. Au départ, ils dessinaient des arabesques au premier étage de la mairie. Très vite, ils ont eu leur propre lieu. « Une salle si belle que les professionnels de passage étaient surpris ! » Gabrielle Przybylski, professeur et chargée de mission, a écrit pratiquement tous les chapitres de l’histoire de la danse à Sallaumines. « Gaby » règne sur près de trois cents jeunes et moins jeunes élèves, passionnés de jazz, de classique, de hip-hop et de danse contemporaine. Les uns et les autres préparent nerveusement l’arrivée de Marie-Claude Pietragalla à la Mac au printemps 2006. Avec fébrilité et incrédulité : « Pour moi, c’est surréaliste ! rit le professeur en se cachant le visage dans les mains. Cette danseuse, je l’admire depuis toujours ! »
Rançon de la gloire ou reconnaissance du travail effectué… les élèves de l’école de danse viennent aussi de Lens, de Bully-les-Mines, d’Arras, et même de Lille… Pour Paskal Castelein, directeur de la Mac, « il existe une recette de réussite culturelle en trois ingrédients : d’abord une formation amateur qui s’inscrit dans un cursus ; puis un rapport aux professionnels, notamment au travers de stages ; et enfin une possibilité d’assister aux spectacles ». À la Mac, les trois paramètres sont apparemment réunis dans tous les secteurs, musique, arts plastiques, initiation à l’informatique, éveil à la lecture, et danse bien sûr… « C’est pour cela que ça tient ! »
Donner le goût du spectacle
Pourtant, rien n’est jamais gagné. C’est du moins ce qu’affirme Gabrielle Przybylski. La flatteuse réputation de la Mac, acquise grâce à la ténacité de la mairie, de Guy Carpentier père de la structure pendant des décennies, et du professeur de danse… peut pâlir, faute d’entrain. « Les gens sont toujours plus intéressés par la pratique que par les spectacles, pose Gaby. Il arrive qu’ils aient une attitude consommatrice… » Afin de donner le goût du spectacle, une gratuité totale des représentations a été mise en place pour les élèves et la sollicitation frise l’obligation… « Dès le départ on institue quelque chose avec les parents, sourit M. Castelein. Il faut créer une habitude dès le plus jeune âge. »
Les stigmates
Dans le cadre d’une résidence sur le bassin minier, Marie-Claude Pietragalla et sa compagnie se poseront du 27 mars au 14 avril prochain à la Mac. Gaby frémit : « Dire que je vais la rencontrer dans les couloirs ! Mes filles et moi sommes fans de la danseuse. Tout l’été, nous avons rêvé sur son image et son arabesque sans savoir qu’elle viendrait ici. C’est une chance énorme ! » La danseuse étoile a choisi de ne pas effleurer Sallaumines pour s’envoler aussitôt. Elle s’y installe pour une résidence de création et montera un spectacle pour le centenaire de la catastrophe du 10 mars 1906. « Elle va travailler sur les stigmates, et sur la disparition des mines qui a précipité des familles entières dans la précarité », explique Paskal Castelein. Le spectacle intitulé Condition humaine (titre provisoire) devrait aussi s’attarder sur l’abandon. Celui des patrons de mine qui ont décrété les fouilles terminées, alors que des mineurs erraient encore dans le ventre de la terre. Celui des princes de la métallurgie et du textile qui ont envoyé d’autres générations du bassin minier dans les limbes du chômage. « Dans cette histoire, c’est l’humain qui est important, on en revient toujours là ! » avait lâché Marie-Claude Pietragalla à son passage dans le Pas-de-Calais l’été dernier. Quand une étoile se penche sur l’humain, il y a de la magie dans l’atmosphère.
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