Et si je me faisais ma petite louche en bois ? Mon sabot ? Mon chandelier ? Idées saugrenues… Pas du tout. Avec Éric Cauet et l’association Savoir-faire d’antan, tout est possible. Éric a posé ses haches, herminettes, tarières, bancs et tours dans les dépendances d’une vieille « cinse » à Lebiez. Ses outils, il est prêt à les partager avec vous et à « transmettre concrètement les gestes et les sensations des artisans du passé ». À l’heure où tout s’achète puis se jette ; où l’on ne sait plus rien faire de ses dix doigts, Savoir-faire d’antan se propose de remettre l’homme à sa vraie place : les mains dans les copeaux ! « Pour savoir comment on faisait avant les machines. »
Route de Royon, près de l’église, repérez les deux tilleuls, c’est là ! La ferme où Éric Cauet et sa petite famille se sont installés il y a un mois… Ces grands bâtiments - un café avant la guerre - étaient inoccupés depuis deux ans ; dernier propriétaire connu : une centenaire. « Beaucoup de travail, beaucoup de courage » résume Éric en nous faisant visiter des lieux délabrés… Granges, four à pain ne demandent qu’à être restaurés. « Pour des raisons de santé, nous voulions vivre au grand air ! » : à Lebiez, ils sont servis. Le couple, originaire de Tourcoing, a tout laissé tomber : les boulots stables, Dunkerque et ses fumées pour une belle aventure au cœur du pays des Sept Vallées.
Depuis sa plus tendre enfance, depuis qu’il accompagnait son papa dans les brocantes, Éric se passionne pour les outils anciens. Il en est devenu un expert, maître ès travail manuel du bois ; des qualités déployées en tant que restaurateur de meubles anciens puis éducateur technique spécialisé, tentant avec des déficients mentaux de valoriser la personne par l’outil… entendez prolongement de la main. Son défi : utiliser les handicaps pour remettre au goût du jour des métiers anciens. Pas facile de se faire entendre. Alors, à 40 ans, il fait « le grand saut ». Humant l’air du temps, il arrive à Fressin puis à Lebiez en créant Savoir-faire d’antan. Ludique et pédagogique, l’association privilégie « l’observation, l’acquisition d’un savoir-faire, la production d’un objet ». Encadrer des activités, animer des stages d’initiation voire une prise en charge thérapeutique, sauvegarder les techniques… telles sont les nouvelles ambitions d’Éric Cauet. « Nous parlons bien d’une transmission active, d’un travail sur les mentalités explique-t-il. Le progrès chasse tout, nous devons perdre l’habitude d’appuyer sur des boutons… » Attention, il ne prône pas le repli dans le Larzac et s’il répète à l’envi « sans passé pas d’avenir », il ajoute très vite « je ne regrette pas d’être au XXIe siècle ».
À chacun son tour
Enfants, ados, adultes, retraités : tout le monde peut toucher du bois à Lebiez ! Éric n’est ni professeur, ni formateur ; il fournit outils et connaissances… Des outils, il en possède plus d’un millier qu’il sait tous utiliser (« apprentissage par la SA Erreurs ») ; il a puisé ses connaissances dans les livres, les témoignages oraux. Et ce n’est pas un hasard s’il a choisi Lebiez, réputé pour ses ébénistes ; tout près de Créquy, le pays des louches. « Il faut d’ailleurs que j’aille voir Ch’Pape, un ancien encore capable de me donner des renseignements très précis ». Armé de ces outils et connaissances, vous voilà devant le tour à perche, le tour à arc… « Oh oh, c’est pas de la boxe, pensez plutôt à de la danse ! » La main apprivoise l’outil qui caresse le bois. S’il faut faire un trou, prenez la drille ; la plane pour égaliser, le départoir pour refendre… La main conquiert le bois, avec en prime les vibrations, les odeurs et le large sourire quand la louche prend forme.
Stages d’une demi-journée, d’une journée, d’un week-end : Savoir-faire d’antan est sur l’établi, « nous devons nous faire connaître, faire venir les gens ici » assure Éric, content d’avoir fait le grand saut et bien décidé à retomber sur ses pieds. Alors, si tout va bien, l’association pourrait devenir fédération de métiers anciens : forgeron, rempailleur… Pour savoir comment c’était avant les machines, histoire de les apprécier à leur juste valeur.
Travailler le bois avec Éric Cauet, mais aussi la vannerie, la poterie, l’écriture avec d’autres passionnés… « L’art et la matière d’inventer et d’imaginer des vacances créatives en milieu rural » : jolie formule pour définir le Festival des Créatifs. L’association À Petits PAS et l’Afip (association de formation et d’information pour le développement d’initiatives rurales) organisent la 3e édition de ce festival, du 18 au 23 juillet sur les vestiges du château féodal de Fressin, avec une trentaine d’ateliers et de stages créatifs en arts plastiques, arts du spectacle, artisanat d’art (six euros par personne et par atelier).Rens. 03 21 41 70 07 |
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