Adepape ? « Ça ne dit rien à l’oreille des gens, explique Claude Antonini. Ils sont forcément plus attentifs quand on leur parle de l’Assistance publique, de la DDAS, de l’Aide sociale à l’enfance. » L’Adepape est l’association départementale d’entraide des pupilles et anciens pupilles de l’État et des personnes admises ou ayant été admises dans les services de l’Aide sociale à l’enfance du Pas-de-Calais.
Les pupilles de l'État sont des enfants privés de leur soutien naturel (abandonnés, orphelins) ; les enfants placés sont retirés à leur famille pour des raisons économiques ou sociales. Dans les deux cas, ils sont pris en charge par une collectivité. Longtemps gérés par l'Assistance publique, puis par les DDASS (Direction départementale des affaires sanitaires et sociales), leurs dossiers relèvent, depuis la décentralisation, des conseils généraux (service de l'Aide sociale à l'enfance). Enfance bouleversée. « Plus tard, c’est compliqué et souvent tabou » assure Claude Antonini, président de l’Adepape 62 depuis le mois de juin dernier… et cotisant depuis 1963 ! C’est en parlant de lui, de son propre cas, qu’il réussit à « dire des choses à l’oreille des gens ». « J’ai été déposé à l’âge de dix jours au 12, place de la Préfecture à Arras ! » C’était en janvier 1936. « Les enfants de l’Assistance, on les appelait aussi les petits Parisiens… » Lui avait vu le jour à Berck. Claude Antonini a connu une enfance et une adolescence très mouvementées : la guerre, les nourrices, le travail dans les fermes. « C’était plus facile quand on tombait dans une bonne famille. » À 18 ans, il a découvert qu’il était italien, optant pour la nationalité française avant de rejoindre l’armée et l’Algérie. Pirouette du destin en 1963 : Claude Antonini est embauché au « magasin des vêtures » de la préfecture, où il remet chaque année un trousseau, des fournitures scolaires entre autres aux pupilles. Il adhère alors à l’Adepape – héritière du Comité de patronage des anciens pupilles de l’assistance publique du Pas-de-Calais créé en 1933. « Durant quinze ans, j’ai rencontré, côtoyé, dialogué avec de nombreux enfants et adolescents, qui sont devenus des adultes et des parents. » Ces parents sur lesquels compte le nouveau président de l’Adepape pour « relancer » l’association (340 membres actuellement) et amplifier les objectifs dont le prioritaire est de « venir en aide aux plus défavorisés ». L’association peut en effet aider, matériellement, moralement, financièrement, les personnes qui ont relevé de l’Aide sociale à l’enfance. Elle organise un arbre de Noël pour deux cents enfants, avec distribution de jouets ; une assemblée générale avec repas dansant. « L’écoute est également très importante », souligne Claude Antonini. Subventionnée par le conseil général, l’Adepape 62 vit aussi grâce aux cotisations, aux dons et legs, tel le legs Buisine permettant chaque année de récompenser six jeunes issus de l’Aide sociale à l’enfance. Elle travaille en étroite collaboration avec les assistantes sociales. Pour redynamiser l’Adepape, le président sait donc qu’il faut recruter des bénévoles – anciens de la DDAS, de l’Aide sociale à l’enfance - prêts à s’investir aux quatre coins du département et notamment sur la Côte d’Opale. Si les « parcours de vie » sont souvent très différents, les traumatismes et les blessures sont identiques. « Il faut toujours se souvenir de ce que l’on a été, de ce que l’on a vécu pour aider les autres », dit Claude Antonini qui, lorsque le magasin des vêtures ferma ses portes, s’occupa des bons d’aide médicale à la préfecture puis au conseil général. Cet homme sensible et déterminé sait que : « La plus grande souffrance est de se sentir seul, sans amour, abandonné de tous » (Mère Teresa).
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