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| La fête de Ch'Lanchron avec les pipassos. |
« On n’attendait rien du tout, on avait vingt ans ! » En avril 1980 à Abbeville, Jean-Luc Vigneux et Jacques Dulphy sèment une graine de picard dans le grand jardin de la presse et de l’édition. Le picard : dialecte employé depuis le Moyen Âge au nord de Paris, qui a « survécu » et donné naissance à moult patois… Une « langue » bien entretenue en Picardie (Somme, Aisne, une partie de l’Oise), bien conservée aussi dans le Nord et le Pas-de-Calais, bien pendue du côté de Tournai en Belgique.
Il y a trente ans donc, le numéro 1 de Ch’Lanchron, « chop preume gazette toute in picard hansée », pousse à la Maison pour Tous. « Pour vir », expliquent à l’époque les deux compères. Ils avaient vu juste. Personne ne mangera ce pissenlit (traduction de lanchron en français) par la racine. Fin mai 2010, Jean-Luc, Jacques et compagnie fêtent la sortie du numéro 120 ! Un beau journal tout en couleur et « toute in picard » comme d’habitude. « L’idée était d’offrir des colonnes aux gens écrivant en picard. Mais il y avait un défi à relever : trouver des gens lisant en picard ! » Sereinement et sérieusement, au prix d’un gros travail associatif et bénévole, Ch’Lanchron a trouvé ses marques : 1 800 exemplaires chaque saison ! « Le reflet finalement de la vitalité de la langue picarde », affirme Jean-Luc Vigneux. 5 112 pages en trois décennies, une quinzaine de livres édités, des chansons enregistrées, un site Internet (« nous fûmes parmi les premiers à croire à l'arnitoéle »). Seul petit regret, Ch’Lanchron – incontournable dans le Vimeu, le Ponthieu, le Santerre… - n’a pas été cueilli suffisamment dans le Nord et le Pas-de-Calais ! Étonnamment, c’est avec Tournai qu’un « lien fort » a été tissé.
L’énorme atout des créateurs de ce journal « toute in picard » est d’avoir côtoyé plusieurs générations de picardisants et Jean-Luc Vigneux ressent « une espèce de devoir de transmission », se considérant comme « porteur de toute une mémoire ». Une mémoire paysanne. Une mémoire ouvrière. Une mémoire qui ne cultive pas que la nostalgie : « Le picard, ce n’est pas que des photos sépia, c’est aussi de la poésie très libre par exemple. »
Trente ans, 120 numéros, et demain ? « Il y a des gens qui se fatiguent, avoue Jean-Luc. Mais quoi qu’il advienne, dans 30 ans, Ch’Lanchron sera toujours le picard en version originale. »
Contact : http://lanchron.dyadel.net/
Texte et photo : Chr. D.
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