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| La réhabilitation du bunker de tir. |
Une poignée de passionnés d’histoire locale – et militaire – veille à ce que nous ne perdions pas la mémoire. Derrière leurs boulimies de témoignages, d’anecdotes, de collections apparaît clairement le « devoir » de mettre au jour les heures souvent noires du passé, de tout « mettre à plat » pour que les générations futures essaient de retenir les leçons. Yannick Delefosse et Hugues Chevalier n’ont pas la mine guerrière, ni l’âme nostalgique ; ils mettent constamment dans leurs recherches et leurs travaux beaucoup d’humanité.
Le premier est le spécialiste incontesté du V1 – cette bombe volante, arme de terreur et de désespoir que le régime totalitaire de Hitler n’a heureusement pas réussi à mettre complètement au point. Le second est la référence ultime en matière de raids, de bombardements, de crashs d’avions au cours de la deuxième guerre mondiale. Ils travaillent ensemble depuis 2001 arpentant le Nord – Pas-de-Calais pour en savoir toujours plus sur les rampes de lancement pour V1, sur les bombardements alliés… Pas étonnant de les retrouver côté à côte à Fiefs où ils ont répondu favorablement à l’appel du maire, René Choquet. La municipalité a en effet souhaité inscrire le site où se situait la rampe de lancement pour V1 dans une démarche patrimoniale. Avant tout pour expliquer… Expliquer que cet endroit appartient désormais à l’histoire de la commune. « Il y a 66 ans, s’il n’y avait pas eu cette rampe, Fiefs n’aurait pas perdu son église, sa mairie, son école, son château, une chapelle, une trentaine de maisons. » Indéniablement le V1a changé la face du village. « Et paradoxalement, cette rampe est le seul élément de patrimoine restant », répète Hugues Chevalier.
Le béton parle
En mars dernier, le maire contactait donc nos deux spécialistes, histoire d’obtenir quelques conseils pour « faire parler » ce pré communal juste à côté du château d’eau, au bord de la départementale 77, à l’entrée du village quand on arrive de la côte d'Hurtebise. Yannick et Hugues ne se sont contentés de conseiller les élus, ils ont retroussé les manches pour décaper (avec les employés communaux) les plots et la dalle de tir sur une quinzaine de centimètres. Du béton et de la ferraille pour les non initiés… Béton et ferraille que les deux compères savent « faire parler ». Après les plots et la dalle, ils se sont attaqués au nettoyage du bac à eau (retrouvant une grande quantité de pièces diverses) puis au déblaiement du bunker de tir, en s’appuyant sur des photographies prises en 1944 par les Alliés. Après avoir retrouvé l’escalier – intact -, l’équipe a mis la main sur un faisceau de câbles, sur le support du pupitre de mise à feu et même sur la grille en bois du puisard.
Très vite, la municipalité et ses conseillers techniques ont mesuré l’importance des découvertes et décidé de « réhabiliter » le bunker de tir. Parpaings et huile de coude pour remonter le temps. « On a tout retrouvé et tout est en état, se réjouit Hugues Chevalier. C’est une première en terrain public dans le Pas-de-Calais. » Il ne reste plus qu’à réaliser des panneaux explicatifs et pédagogiques pour que le site, intégré aux sentiers de mémoire du pays du Ternois, devienne un livre d’histoire à ciel ouvert.
4 500 bombes !
Il faut savoir que la rampe de lancement a tiré une quarantaine de V1 ; le premier tir ayant eu lieu le 16 juin 1944. Fiefs a subi 14 raids aériens, les avions alliés déversant quelque 4 500 bombes… Mais la rampe ne fut jamais détruite, seulement touchée. Par contre, le 20 juin 1944 à 6 h 45 : mairie, église, presbytère ne résistèrent pas à l’orage de bombes. Le 6 juillet, vers 9 heures, c’est le château de Beauquesne qui fut anéanti. Et à l’époque le maire écrivait : « 9 vagues de bombardiers, nombreux immeubles détruits, en particulier le château qui se trouvait à 1 500 mètres des travaux. Les services de la mairie y avaient été transférés. Tous les papiers sont détruits, une bombe tombée à cinq mètres du lieu n’a pas explosé. Les murs menaçant de tomber, le secrétaire de mairie a sauvé les registres d’état civil et les matrices cadastrales. Cinq victimes. » Le 1er septembre 1944, les Allemands firent sauter la rampe « pour ne rien laisser entre les mains des Alliés qui libéraient la région ».
Sources : Bombes et V1 sur le Pas-de-Calais 1944 : Hugues Chevalier
http://v1armedudesespoir.free.fr
Texte et photos : Christian Defrance
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