Soyons curieux. Nous nous sommes penchés sur les lieux de naissance des dix candidats à l’élection du président de la République française. Nathalie Arthaud est née en 1970 à Peyrins, un petit village de la Drôme ; François à Bayrou en 1951 à Bordères dans les Pyrénées-Atlantiques ; Nicolas Dupont-Aignan en 1961 à Paris (15e arrondissement) ; François Hollande en 1954 à Rouen, préfecture de la Seine-Maritime ; Éva Joly en 1943 à Oslo (Norvège) ; Marine Le Pen en 1968 à Neuilly-sur-Seine dans les Hauts-de-Seine ; Jean-Luc Mélenchon en 1951 à Tanger (Maroc) ; Philippe Poutou en 1967 à Villemomble en Seine-Saint-Denis ; Nicolas Sarkozy en 1955 à Paris ; et Jacques Cheminade en 1941 à Buenos Aires (Argentine). Soyons chauvins aussi ! Nous avons cherché des « rapports » entre ces candidats et le Pas-de-Calais.
Marine Le Pen a été conseillère municipale à Hénin-Beaumont ; toute la filiation paternelle de François Hollande est de Plouvain où des rebelles calvinistes hollandais se sont installés dès le 16e siècle. C’est tout ? En épluchant les candidatures depuis 1965, nous n’avons trouvé qu’un seul candidat né dans le Pas-de-Calais ! Le 1er juin 1969, au premier tour de la Présidentielle, Louis Ducatel, sans étiquette dit « radical-socialiste indépendant », obtenait 286 447 voix soit 1,27 % des suffrages exprimés. Louis Ducatel avait vu le jour le 13 mars 1902 à Frévent, au numéro 5 de la rue de Doullens.
Un sacré « Loulou »
« Le cas Ducatel » disaient ses contemporains, amis et adversaires. Métacryl et pipeline. Chef d’entreprise et prestidigitateur. Agitateur radical-socialiste et résistant de la première heure. Bridge et chevaux de course. Pourfendeur du fisc et candidat à l’élection présidentielle donc. Ingénieur et hypnotiseur. Un Belmondo de la politique et du capitalisme dans la France pimpante des années cinquante et soixante. Ce personnage inclassable, décédé le 28 juin 1999, soulignait toujours son extraction modeste… à Frévent. Son père Octave était un brave cordonnier « qui chantait en travaillant ». Octave Ducatel fut maire socialiste de Frévent, sans l’avoir voulu, et l’espace de cent jours seulement ! Inventeur du ciseau-cuiller idéal, il fut grugé par un industriel véreux qui au lieu de couler les outils en acier trempé, fabriqua des lames passives en fonte. Louis, le fils fut admis à l’école des travaux publics à Paris décrochant un diplôme de conducteur en 1920, puis celui d’ingénieur en 1921 : « le plus jeune de France ». Ingénieux avant tout, Louis Ducatel témoignait de l’adresse dans tous les domaines, découvrant notamment le monde des tuyaux et des travaux d’adduction d’eau. Il fit un beau mariage avec Mlle Hanocq de Saint-Pol-sur-Ternoise et pour sauver la famille Hanocq d’ailleurs, il devint courtier en grains, redevint ingénieur, bifurqua vers la politique refusant d’être député radical en 1936 ! Il créa en 1938 l’entreprise moderne des canalisations pétrolières, aquifères et gazières : la Capag.
Louis Ducatel fit la guerre comme il menait ses chantiers, avec zèle, culot, courage : résistant dès 1942, adjoint au commandant militaire de Paris en 1944, gouverneur militaire à Ehingen sur le Danube… où il distrait la troupe en devenant le professeur Ducson, magicien. Avec plus d’un tour dans son sac, Loulou fut élu conseiller général de la Seine. Faisant fi de sa réputation de fakir, il soigna sa Capag, achetant des pipelines à tour de bras pour le gaz de Lacq entre autres. Il gagna des sous – des milliards – et ne supporta pas de voir l’État s’en accaparer. Conseiller municipal de Paris en 1958, il s’attaqua aux technocrates, voulut simplifier les lois. Sécurité sociale, eau potable, logement, défense des artistes (car il fut un fameux peintre, inventeur du métacryl) : « Loulou » Ducatel était sur tous les fronts ; alors pas étonnant de le retrouver en 1969 candidat à la présidence de la République ! 286 447 voix. La sienne continua inlassablement à prôner « un mouvement social et démocratique, l’entreprise privée, des États-Unis et Fédérés d’Europe, la joie de vivre… » Une vie comme un roman dont la préface s’écrivit dans une échoppe de Frévent, dans le Pas-de-Calais.
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