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| A. Lefebvre, D. Dupilet, Christian Paul, J. Napieraj et A. Détourné. |
« Je suis ESS 117 ! » claironne Jacques Napieraj, « agent très spécial » chargé de dresser pour ses collègues conseillers généraux un rapport sur la situation de l’économie sociale et solidaire – ESS – dans le Pas-de-Calais. Rapport qu’il présentera en juin prochain et étayé sans nul doute par les réflexions, remarques, appréciations retenues à l’occasion du très riche rendez-vous organisé ce mardi soir – 24 janvier 2012 – à l’Aditec Pas-de-Calais (Béthune) par le groupe socialiste, républicain et citoyen du conseil général. Un rendez-vous auquel ont répondu de nombreux professionnels et « militants » de l’ESS, prêts à débattre avec l’invité d’honneur, Christian Paul, député de la Nièvre, ancien ministre et président du laboratoire des idées du parti socialiste.
Pour le conseil général du Pas-de-Calais, se pencher sur l’économie sociale et solidaire n’est ni un gadget, ni une lubie mais la volonté d’aller plus loin, de s’impliquer un peu plus. « Ce n’est pas une émergence mais une résurgence » a rappelé Dominique Dupilet en ouvrant la soirée. Dans un Département possédant « la compétence sociale et solidaire », l’enjeu est de redonner des pistes, des trouver des activités ; « de réfléchir à une autre manière de produire, de se soigner, d’éduquer, d’assurer… » Et le président du conseil général verrait d’un bon œil un « laboratoire d’actions » pour l’ESS dans le Pas-de-Calais.
10 % du salariat
Il s’agit aussi de permettre à ces trois lettres de faire tilt dans l’esprit plus grand nombre, des élus aux particuliers. « Mal connue et pourtant omniprésente dans la vie des Français, extrêmement diverse, très tendance et moderne, l’économie sociale et solidaire est une façon de voir l’économie et la société ou plus exactement un labo en grand de transformation de la société » a expliqué Christian Paul. Si l’on se réfère aux spécialistes, l’ESS est l’ensemble des coopératives, mutuelles, associations et fondations dont les activités de production de biens et de services ne visent pas l’enrichissement individuel mais le partage et la solidarité au bénéfice de l’homme. L’ESS s’appuie sur cinq critères : la libre adhésion, la « lucrativité » limitée, une gestion démocratique et participative, une utilité collective ou utilité sociale du projet, et une mixité des financements entre ressources privées et publiques. L’ESS pèse 10 % du salariat en France, 10 % aussi dans le Pas-de-Calais avec environ 3 500 établissements (dans le secteur médico-social, dans l’insertion, le logement…). Mutuelles, associations, SCIC, Scop, Amap… Ses « têtes de réseaux » sont efficaces à l’image de l’Apes – Acteurs pour une économie solidaire – très désireuse de rencontrer au plus vite Jacques Napieraj !
L'ESS pour tous, tous pour l'ESS
Évidemment, devant ce mouvement de grande ampleur, Christian Paul, Dominique Dupilet, Jacques Napieraj, Antoine Détourné (qui animait le débat) ne perdent pas leur étiquette socialiste en répétant « que l’ESS affirme que le marché ne peut pas tout, que l’ESS n’est pas financiarisée, ni délocalisable, ni démotivante ». Puissant antidote face « à l’individualisme toxique », l’économie sociale et solidaire est incontestablement aux yeux de Christian Paul « une des solutions au problème du chômage ». Mais tout n’est pas rose dans l’univers de l’ESS et les acteurs présents à l’Aditec ont sorti « quelques outres vieilles où il est inutile de mettre du vin nouveau ». L’ESS c’est à 80 % le monde associatif et ce monde « est malmené par l’État ». Les forces vives de l’économie sociale et solidaire réclament davantage de sensibilisation auprès des élus locaux, des collectivités (qui par exemple ne prennent pas toujours la clause d’insertion sociale dans leurs commandes publiques mais ce n’est pas le cas du conseil général du Pas-de-Calais) ; ils souhaitent que l’on sensibilise aussi les jeunes, dans les collèges notamment, par le biais de l’éducation populaire. Philippe Vasseur (conseiller général et président de Pas-de-Calais Actif) a souligné que l’ESS ne devait pas devenir « une bouée de sauvetage pour les bénéficiaires du RSA, un déversoir pour les entreprises ». Il faut rester lucide et veiller à ne pas installer « l’économie précaire ». Dominique Hays (Terre d’Opale à Calais) a mis en exergue la dimension « développement durable » et vivement souhaité « que les idées neuves de l’ESS soient partagées le plus largement possible, par toutes les classes sociales ! » L’ESS n’est pas l’apanage des Écolos ou des Bobos… Bien au contraire, elle révèle des mouvements de fond de la société française. « Ce n’est pas un conte de fées mais ça peut l’être » a conclu le député de la Nièvre où se met en place d’ailleurs une belle Coopérative des savoirs, une université rurale et citoyenne, ludique et festive. Et Jacques Napieraj, l’ESS 117 au service du Pas-de-Calais, s’est engagé à constituer un conseil départemental de l’économie sociale et solidaire. « Il ne faut rêver à un Toyota tous les matins, a-t-il encore lancé. Je crois davantage aux initiatives locales qu’il faut soutenir. Il y a un boulevard pour l’ESS ».
Texte et photo : Christian Defrance
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