Il fait l’unanimité. Que l’on soit journaliste ou élu, enseignant ou simple citoyen : « on aime lui serrer la main, on aime l’écouter ». Et Dieu sait qu’il avait des choses à nous dire, qu’il a encore des choses à nous dire. Notamment sur notre cher Pas-de-Calais. « Il a apporté une prise de conscience forte de notre originalité par rapport à beaucoup d’autres ; il a fait de notre richesse historique notre force. » ?Dominique Dupilet n’était pas le moins laudatif à l’heure de saluer Yves Le Maner qui a quitté la Coupole.
La Coupole d’Helfaut, Centre d’histoire et de mémoire du Nord - Pas-de-Calais, doit beaucoup à ce « Breton têtu » qui sut toujours encourager le dernier quarteron d’élus et de techniciens à se battre pour faire d’un « lieu étonnant au milieu de nulle part », l’un des centres d’histoire les plus visités en France avec cent mille visiteurs en moyenne chaque année. Il est impossible aujourd’hui de parler de l’histoire de la seconde guerre mondiale, de la Résistance, de la Déportation, de la conquête spatiale aussi, sans faire un crochet par la Coupole et « l’œuvre » d’Yves Le Maner.
En 1987, il était là quand une poignée de convaincus (dont Dominique Dupilet) se pencha sur l’avenir d’un dôme de béton, base de tir destinée aux fusées allemandes V2... Un site original, « lieu de tourisme clandestin ». Mais il fallut dix années de lutte acharnée pour amener le dôme sur le devant de la scène.?Yves Le Maner profitant de la chute du Mur de Berlin et de l’ouverture d’un boulevard pour les archives afin de peaufiner ses recherches. Si l’État boudait le projet, l’Europe y crut et les travaux débutèrent en 1995 pour s’achever en 1997. Yves Le Maner reprit ses activités «normales» mais il était écrit que son destin vibrait à Helfaut.
En 2001, Roland Huguet alors président du conseil général du Pas-de-Calais lui confia la direction d’une Coupole « qui vivait dans une bulle ». L’historien apprit à gérer un établissement public, il s’est démené comme un beau diable pour créer une vie culturelle. Des expositions, des événements, des conférences. « On vient nous voir parce qu’on veut nous voir », martèle Y. Le Maner. Sous sa houlette, la Coupole est passée du statut de société d’économie mixte à celui d’établissement public de coopération culturelle. Un budget annuel de deux millions d’euros (60 % de fonds propres, 40 % du Département et de la Communauté d’agglomération de Saint-Omer). Dix belles années pour un directeur... qui a décidé de partir. « Je n’ai qu’une vie », dit-il très serein. Son établissement marche bien avec une équipe (23 personnes) jeune et stable. Il part avec le sentiment du devoir accompli. Des devoirs accomplis. Yves Le Maner a formé son successeur (Julien Duquenne), il a veillé sur la mise en place de la nouvelle scénographie de la Coupole (reconstitutions en 3D, tables tactiles mais aussi Mémorial des fusillés et déportés), et il a préparé un nouveau chantier... Un deuxième dôme, d’aluminium cette fois, accueillant un planétarium numérique avec un immense écran circulaire et des millions d’images extraordinaires pour « voir la Terre autrement ».
Quittant la Coupole, Yves Le Maner pouvait prendre la direction de la Citadelle de Besançon, un poste en fac... Il a choisi de relever un nouveau défi avec la Région Nord - Pas-de-Calais et Daniel Percheron. Un double défi même : le Louvre-Lens « faire découvrir ce qu’il y a autour : patrimoine minier et 500 cimetières militaires », puis la préparation du centenaire du déclenchement de la Grande Guerre.?Yves Le Maner est déjà très disert sur le sujet : un centre de compréhension au pied de Lorette, un mémorial international (« le monde entier est venu se battre ici »), une « vision de la mort des jeunes », une « légitimation du tourisme de mémoire à condition de ne pas le faire n’importe comment...» Que l’on soit élu ou journaliste, enseignant ou citoyen, on écoutera encore longuement Yves Le Maner au cours des quatre années qui viennent. En 2014, il retournera sur ses terres en Bretagne où il essaiera de comprendre « comment la modernisation a tué le bocage », où il cultivera son jardin. À la Coupole, « plus que tourner une page, on referme un livre » a encore souligné Dominique Dupilet lors de la « manifestation de sympathie » organisée le 18 février 2011 en présence de plus de deux cents invités. Jean Wallon, le président de l’EPCC résumant en trois mots les qualités d’Yves Le Maner : « humaniste, travailleur, expert ».
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